Ma mère me demanda où était le mouton et je dis qu'il s'était perdu. Ma mère s'écria :

- Le mouton de l'Aïd s'est perdu ! Comment cela ? Mais il était avec toi, Fatoum ! Dis-moi où il est ! Où ?

Je baissai la tête et je refusai de répondre.

Mes frères cherchèrent longtemps, longtemps… mais sans succès.

Mon grand-père (que Dieu ait son âme) m'aimait beaucoup. Je courus me cacher près de lui en pleurant et en disant :

- Pourquoi devons-nous sacrifier le mouton, grand-père ? Pourquoi ?

Il me prit dans ses bras et me dit doucement :

- Te rappelles-tu l'histoire de notre prophète Ibrahim (la paix soit sur lui) ? Comment l'ange Gabriel lui a donné un mouton à sacrifier à la place de son fils Ismaïl ?

Je hochai la tête, tout en continuant à pleurer.

Mon grand-père poursuivit :

- Le jour de l'Aïd al-Adha, ma chérie, tous les musulmans sacrifient un mouton comme l'a fait Ibrahim (la paix soit sur lui). Ils distribuent une partie de la viande aux pauvres, puis les familles se rassemblent autour du repas pour fêter l'Aïd.

Je répondis en pleurant :

- Oui… oui… Mais si tu savais, grand-père, comme j'aime ce petit mouton ! Il est devenu mon ami. Je t'en prie, aide-moi, grand-père !

- Que Dieu nous pardonne ! s'exclama mon grand-père. Les adultes n'auraient pas dû laisser une petite fille comme toi s'attacher au mouton de l'Aïd ! Allez, sèche tes larmes, ma petite, je vais essayer de t'aider… Mais attention Fatoum : ne t'attache plus jamais au mouton de l'Aïd !

- Promis, grand-père, promis ! répondis-je.

Mon grand-père se tut un instant, puis il appela ma mère et lui demanda :

- Que penses-tu, ma fille, si nous élevions " l'agneau de Fatoum " pour avoir un troupeau qui nous donnerait du lait ?

Ma mère commença par protester, puis elle finit par accepter.